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Le blog d'Alain Boublil

 

Chine : La détente et la reprise

Le forum sur la coopération économique de la zone Asie-Pacifique  (APEC) a permis aux Etats-Unis et à la Chine de montrer publiquement leur volonté d’atténuer les tensions qui duraient entre leur pays depuis près de deux ans. Le sommet entre les présidents Biden et Xi Jinping, dont la durée de quatre heures fut exceptionnelle, a été l’occasion d’une discussion franche sur les sujets sur lesquels ils étaient en désaccord et d’évoquer les mesures nécessaires pour éviter qu’ils dégénèrent et pour que des solutions soient trouvées. Une relation personnelle presqu’amicale entre les deux hommes s’est instaurée et ils ont tout fait, l’un comme l’autre, pour qu’elle apparaisse aux yeux du grand public.

Le président chinois s’est aussi exprimé devant plusieurs centaines de dirigeants de sociétés américaines où figuraient les présidents de Tesla, d’Apple, de Pfizer et du grand fonds d’investissement Black Rock. L’objectif était clair : mettre un terme aux inquiétudes sur la situation de l’économie chinoise et rétablir le climat de confiance nécessaire à la reprise des investissements des entreprises américaines en Chine, qui avaient chuté depuis 2022.  

Des progrès ont aussi été accomplis sur la question de Taiwan et les principes définis durant les années 70 sous le président Nixon et Henry Kissinger suivant lesquels il n’y avait qu’une seule Chine ont été confirmés. Chacun essaye de tirer un trait sur le fâcheux épisode Pelosi quand la présidente de la Chambre des Représentants était allée en visite officielle à Taïpeh sans que les précautions diplomatiques soient prises. L’élection présidentielle à Taïwan aura lieu en 2024. Le parti démocrate au pouvoir, partisan d’une ligne dure vis-à-vis de Pékin, pouvant aller jusqu’à une déclaration d’indépendance, est loin d’être sûr de la remporter. Son adversaire, le Kuomintang, est, lui, favorable à l’établissement de relations pacifiées et dispose de bons sondages.

Son candidat a remporté la mairie de Taïpeh cette année. Mais l’apparition de la candidature de l’ancien patron et fondateur de Foxconn pourrait du fait des divisions au sein de son camp lui faire perdre l’élection. Tant que la situation politique dans l’île ne se sera pas clarifiée, aucune intervention de Pékin susceptible d’entrainer une réaction de Washington n’est envisageable et il semble que ce point a été implicitement admis.

L’administration Biden a été divisée sur la question chinoise. Les diplomates et les militaires étaient partisans de la fermeté. Les responsables économiques et notamment la secrétaire d’Etat au Trésor, Janet Yellen, au contraire n’ont cessé de prêcher le rapprochement. Elle a entrepris plusieurs visites à Pékin et elle a été bien accueillie. C’est sa ligne, probablement dans la perspective de la prochaine élection présidentielle américaine, qui l’a emporté. Cela est apparu de façon très claire à San Francisco au moment où malgré les nombreux jugements critiques sur la situation économique de la Chine, le pays semble en mesure de faire face à ses difficultés intérieures et à rebondir.

Les chiffres du PNB publiés pour le 3ème trimestre (+4.9%) et les premières estimations de l’activité au mois d’octobre permettent de prévoir une croissance au moins égale à 5% en 2023 et légèrement supérieure en 2024, en ligne avec les objectifs du gouvernement chinois. Sur un an, les ventes au détail ont progressé de 7,6% en octobre après 5,5% en septembre, signe évident d’une évolution de l’attitude des ménages qui commencent à puiser dans leur épargne. C’est spectaculaire dans le secteur des services : +18,9% au 3ème trimestre. Avec la fin du confinement, la consommation est en train de repartir, ce qui va soutenir la demande.  

L’industrie manufacturière, malgré un environnement international défavorable, renoue également avec la croissance (+5% sur un an en septembre). Le secteur automobile profite d’une double mutation qui se traduit par une augmentation de la production locale. Les consommateurs ont une préférence de plus en plus nette pour les marques chinoises dont les ventes sont en hausse de 21% sur les neuf premiers mois de l’année. Leur part du marché passe de 48,1% à 54,6%. Ils privilégient les modèles électriques et hybrides avec 5,19 millions de ventes depuis le début de l’année, en hausse de 33,8%. Le parc de véhicules purement électriques a atteint 14 millions de modèles et le pays commence à devenir un exportateur majeur avec pour le seul mois de septembre plus de 300 000 modèles vendus à l’étranger dont 90 000 modèles élerctriques ou hybrides.

Alors, comment se fait-il qu’il y ait tellement de commentaires alarmistes sur l’économie chinoise ? La raison est simple : on compare la croissance du pays avec celle mesurée il y a dix ou vingt ans, qui était à l’époque toujours supérieure à 7%. Mais depuis, sa taille et son niveau de développement ont complètement changé. On ferait mieux de comparer sa croissance avec celle des pays occidentaux, rarement supérieure à 2% depuis dix ans quand, comme la France ou l’Allemagne, ils ne sont pas tombés en stagnation ou même en récession.

Mais cela ne signifie pas pour autant que la Chine n’est pas confrontée à des difficultés. Il y a d’abord eu la formidable accumulation de richesse dans le secteur privé consécutive aux succès de nombreuses entreprises chinoises, ce qui était pour le moins paradoxal sous un régime communiste. Les autorités ont alors pris des mesures parfois autoritaires vis-à-vis de leurs dirigeants qui a pesé sur la confiance des investisseurs internationaux. Alors que les bourses américaines et européennes battaient des records, les marchés chinois connaissaient une sévère correction (-20% sur deux ans). Les valeurs étaient en outre affaiblies par la baisse du yuan face au dollar et à l’euro résultant de la hausse des taux d’intérêt dans ces pays.

En même temps se produisait une crise immobilière majeure, liée à des problèmes structurels. La croissance passée avait été largement nourrie par l’urbanisation et donc par un énorme effort de construction de logements et d’infrastructures. Mais ce mouvement prend fin principalement pour des raisons démographiques. Le pays subit les conséquences de la politique de l’enfant unique et il est confronté, comme en Europe ou au Japon, au vieillissement de sa population. Les grands promoteurs immobiliers n’avaient pas anticipé ce changement du marché, lequel a été amplifié par la politique très brutale de lutte contre l’épidémie du Covid-19. La faillite de deux acteurs majeurs du secteur, dans un contexte de tensions géopolitiques et de désorganisation des chaines d’approvisionnement en matières premières et en composants industriels, a aggravé la perception que l’on avait de l’état de l’économie chinoise.

Mais les excédents extérieurs massifs de la Chine et l’accumulation des réserves de changes de sa banque centrale excluent toute crise financière, à la différence de ce que l’on avait connu aux Etats-Unis avec la crise des sub-primes et en Europe avec la crise de l’euro. Pékin dispose des moyens financiers pour faire face à la crise immobilière et éviter qu’elle mette en péril toute l’activité et a les ressources nécessaires pour accompagner la mutation de son industrie. Celle-ci n’a plus comme mission d’être l’usine du monde mais, et le secteur automobile avec l’électrification en fournit un bon exemple, mais de créer des leaders dont les produits prendront des parts de marchés dans le monde entier.  

Plutôt que de tenir en permanence des propos alarmistes sur l’économie chinoise, les dirigeants européens feraient mieux d’inciter leurs entreprises à se préparer à faire face à l’apparition de nouveaux et puissants concurrents. Mais pour une fois, celles qui seront principalement visées, ne seront pas les entreprises françaises mais leurs voisines allemandes.                       

              

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