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Le blog d'Alain Boublil

 

La Chine ne va pas si mal

La publication des résultats de l’économie chinoise relatifs au deuxième trimestre de l’année 2023 a été accueillie généralement avec déception et en évoquant souvent de nouvelles faiblesses structurelles auxquelles le pays était confronté. Quand est-il vraiment ? Pour apprécier la croissance, on peut utiliser deux critères, la comparaison d’un trimestre sur l’autre ou par rapport à l’année écoulée. Sur un trimestre, l’augmentation de la production a été de 0,8%, en très net ralentissement par rapport au 1er trimestre (2,2%) qui bénéficiait du fort rebond lié à la fin des restrictions qui avaient été décidées pour faire face à l’épidémie du Covid-19. C’est ce ralentissement qui a généré les commentaires critiques. Mais cette analyse n’est pas pertinente quand il y a des phénomènes externes qui affectent les comportements économiques.

Si on raisonne sur l’année glissante, la croissance chinoise a été sur les douze derniers mois de 6,3% ce qui, comparé aux principales économies des pays développés, n’est pas si mal. Afin de lisser dans le temps les perturbations liées aux décisions du gouvernement, on peut aussi regarder les évolutions semestrielles. La production au 1er semestre a cru de 5,5% par rapport au 1er semestre 2022. L’objectif du gouvernement pour l’année 2023 d’une croissance de 5% n’est donc pas hors d’atteinte. On assiste même à une accélération puisque la croissance avait été de 3% en 2022 et le rythme entre le 1er trimestre 2022 et le 1er trimestre 2023 était de 4,5%.

Les principales faiblesses observées concernent la consommation des ménages en biens et la situation du secteur immobilier. Après le vif rebond qui s’est traduit lors des fêtes du Nouvel An chinois durant les mois de janvier et de février par une très forte hausse des déplacements et des dépenses en services qui en résultaient, les ménages ont adopté une attitude voisine de celle de leurs homologues occidentaux, la prudence face à l’avenir, le report des achats et la constitution d’une épargne de précaution. Pourtant en termes réels, leur revenu disponible s’est accru de 5,8%. Un autre facteur a joué, la hausse du taux de chômage des jeunes hors des grandes villes, ce qui a aussi conduit les familles à restreindre leurs dépenses pour soutenir leurs enfants à la recherche d’un emploi.

Logiquement, avec le retour progressif à la normale, ces comportements devraient s’atténuer durant l’année et constituer un facteur de soutien de la croissance chinoise. En revanche, la crise immobilière mettra plusieurs années à se résoudre et le secteur de la construction qui était l’un des importants supports de l’économie va continuer de peser sur l’activité. Les conséquences financières seront lourdes pour le secteur bancaire mais l’Etat dispose des moyens pour empêcher une vague de faillites et a déjà laissé entendre qu’il le ferait. La reproduction en Chine d’une crise comme celle des « sub-primes » intervenue aux Etats-Unis en 2007 n’est donc pas vraisemblable car il n’y a pas eu de spéculation financière sur les dettes immobilières et l’Etat, en cas de besoin, n’hésitera pas à intervenir.

La Chine fait figure de bon élève en matière d’inflation puisque la hausse n’a jamais excédé 2% ces deux dernières années ce qui a contribué à protéger le niveau de vie des ménages. Parmi les facteurs qui ont rendu possible cette stabilité figure la moindre exposition aux fluctuations internationales des prix de l’énergie. La Chine a même profité des sanctions internationales contre la Russie en accroissant ses achats de pétrole à Moscou à un prix favorablequi a ainsi devancé l’Arabie saoudite comme son premier fournisseur. Les importations ont cru de 12% au premier semestre et ont atteint un record de 2,6 millions de barils par jour au mois de juin, contre 2mb/j en moyenne en 2022.

Malgré un contexte international défavorable, la Chine continue d’accumuler des excédents commerciaux considérables. Ils ont dépassé 400 milliards de dollars au 1er semestre avec des importations stables et des exportations en hausse de 3,7%. La Banque centrale chinoise dispose de réserves en devises de 3200 bn$ et de 68 millions d’onces d’or. Il n’y aurait donc aucun risque à ce que le pays, ce à quoi ses dirigeants pensent, engage comme en 2008 mais probablement à une moindre échelle, des mesures de soutien de la consommation.

Avant les crises qui ont affecté l’économie mondiale ces deux dernières années et la montée des mesure restrictives aux échanges commerciaux, la Chine s’était fixée comme objectif de sortir de son statut d’usine du monde et d’avoir une croissance plus alimentée par la demande intérieure. Les évolutions récentes vont à l’encontre de ce projet mais le pays pourrait en tirer bien plus d’avantages : il est en train de devenir une grande puissance industrielle par lui-même et non plus en étant le sous-traitant de l’industrie mondiale.

Dans le domaine nucléaire, il a acquis son autonomie. Le réacteur Hualong 1 est en service et des contrats à l’exportation ont été conclus, notamment avec le Pakistan où 7 réacteurs vont être construits. Dans l’aéronautique, où la Chine était absente il y a 10 ans, le modèle C919, concurrent de l’Airbus A 320 et du 737 de Boeing a été certifié et la compagnie Eastern Airlines a reçu ses premiers appareils. Sur trois autres marchés essentiels pour la transition énergétique, l’industrie chinoise est en train de devenir le leader mondial.

Dans les cellules solaires, le pays avait toujours eu une réelle avance mais avec l’accélération des investissements en vue de décarboner la production d’électricité, les exportations chinoises vont continuer de s’accroître. Le secteur des batteries et des matières premières indispensables à leur fonctionnement contribue aussi à donner à la Chine une position de leader mondial au moment où l’électrification des véhicules est rendue obligatoire en Europe. Des groupes comme CATL vont même aller investir à l’étranger et construire des « giga-factories » alimentées en composants produits en Chine et en ayant assuré la sécurité de ses approvisionnements en métaux spéciaux et en terres rares.

Enfin et surtout, l’industrie automobile chinoise qui dispose d’une avance technologique et d’un déjà vaste marché intérieur pour les véhicules électriques ce qui lui permet de réduire ses coûts, s’apprête à conquérir le marché mondial. Les ventes de BYD ont doublé durant le 1er semestre de cette année pour atteindre 1,26 million de véhicules. Pour la première fois la Chine est devenue exportateur net de véhicules, avec sur les 12 derniers mois des exportations de 80 milliards de dollars contre des importations de 45 milliards. Au total, ces trois secteurs, cellules solaires, batteries et véhicules électriques ont généré 48 milliards d’exportations durant le 1er semestre, en hausse de 64% en un an.

Le modèle chinois est en train d’évoluer, mais pas dans le sens où l’avaient prévu les dirigeants du pays et certainement pas vers où on l’imagine en Europe. Les tensions internationales ont freiné ses échanges avec les pays occidentaux mais le pays a trouvé des relais chez ses voisins en Asie du Sud-Est et surtout avec les produits industriels de haute qualité indispensables pour assurer la transition énergétique. Une nouvelle ère dans les relations entre la Chine et les pays développés en matière d’échanges industriels est en train de s’ouvrir. Aux gouvernements et aux entreprises d’en prendre conscience. Les premiers doivent l’intégrer dans l’analyse de leurs relations avec l’Empire du Milieu et les secondes doivent chercher à nouer des partenariats stratégiques avec leurs homologues chinois où tout le monde serait gagnant.    

            

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