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Le blog d'Alain Boublil

 

Hausse du dollar : pourquoi et jusqu'où ?

Le dollar a connu une hausse spectaculaire ces derniers mois contre toutes les principales devises dans le monde. Depuis un an, il s’est apprécié de 15,2% contre l’euro, et de 17,6% contre la livre sterling, hausse qui s’est ralentie ces derniers jours à la suite du revirement du gouvernement anglais qui a abandonné sa politique de baisse générale d’impôts après l’avoir annoncée quelques semaines plus tôt. La chute du Yen est spectaculaire : -23,3% alors que la devise chinoise, le Yuan, a mieux résisté : -10,6%. La cause de l’appréciation du dollar est bien identifiée, mais les écarts entre devises devraient avoir des conséquences importantes pour chaque pays.

Les banques centrales dans chacune des principales économies avaient adopté durant l’épidémie de la Covid-19 des politiques très accommodantes. Il fallait accompagner l’action des Etats visant à atténuer les conséquences pour les entreprises comme pour les ménages, des arrêts d’activité découlant des mesures de confinement décidées pour lutter contre l’épidémie. La reprise économique très forte intervenue en 2021 après la chute brutale d’activité en 2020 observée partout dans le monde sauf en Chine, a généré un rebond d’inflation. Celui-ci a été jugé temporaire sinon épisodique et un vaste consensus s’est alors formé pour ne pas hypothéquer la reprise en cours avec la mise en place de politiques monétaires restrictives en application des mandats respectifs de chaque banque centrale. C’était une erreur qui a eu pour conséquence de rendre les interventions actuelles plus brutales.  

Les conséquences de cette erreur ont été aggravées avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui a déclenché une très forte hausse des prix des énergies fossiles et de nombreuses matières premières agricoles. La rupture des chaines d’approvisionnement en composants industriels provoquée par la politique rigoureuse de confinement local de la Chine a constitué un facteur supplémentaire qui a conduit enfin les banques centrales à amorcer un virage en direction de politiques restrictives conformes à leur mandat. La hausse des taux d’intérêt a pour objectif de freiner l’activité en rendant les financements des investissements et de la consommation des ménages plus coûteux, ce qui est censé contribuer à résorber les déséquilibres entre offre et demande et ainsi à enrayer la vague inflationniste.

Parmi ces institutions, la première à agir a été la Réserve Fédérale américaine qui, avec plusieurs hausses de 75 points de son taux de base, devrait conduire celui-ci près de 5% à la fin de l’année. Ce sera très en dessous de l’inflation, estimée selon les prévisions autour de 8%. La Banque Centrale Européenne a attendu le mois de septembre et a procédé à plusieurs relèvements mais sans que ceux-ci atteignent le niveau observé aux Etats-Unis. La banque du Japon, parce que le pays était bien moins affecté par l’inflation a maintenu des taux voisins de zéro, alors que la Banque d’Angleterre relevait les siens autant parce que le pays connaissait une hausse des prix proche de 12% que pour atténuer les pressions sur la livre sterling dues au double déficit massif, public et extérieur que le pays connaissait dans un climat de crise politique. A l’inverse, en Chine, où l’inflation était restée autour de 2%, la Banque Centrale assouplissait ses conditions de financement pour soutenir l’activité et éviter que la crise que traversait le secteur immobilier mette en danger la stabilité financière du pays. Elle a même soutenu le Yuan sur les marchés des changes en vendant sur les marchés une partie certes modeste de ses très importantes réserves en dollars.        

Ces contextes économiques et politiques différents expliquent les évolutions divergentes de la parité de leurs monnaies face au dollar. Le niveau des taux d’intérêt d’un pays et leur évolution attendue exercent une influence essentielle sur le cours de sa devise. Les investisseurs recherchent le meilleur rendement et le pays émetteur en relevant ses taux recueille plus de demande en provenance de l’étranger ce qui pousse sa devise à la hausse. Ce mouvement est amplifié par la spéculation, elle-même nourrie par les messages délivrés par les banques centrales concernant leurs décisions futures. C’est la perception par les marchés financiers des décisions des banques centrales qui guide les stratégies des intervenants et qui explique l’importance des écarts dans l’évolution des taux de change de chaque pays que l’on observe aujourd’hui.

Les conséquences sur l’économie mondiale de la hausse du dollar vont être très diverses. Le premier risque concerne les pays émergents. Une part des dettes publiques et des emprunts émis par les entreprises est souvent libellée en dollars. Les remboursements vont donc être d’autant plus couteux et des défauts de paiement ne peuvent être écartés. C’est ce qui s’était produit à la fin des années 90 lors de la crise asiatique. Le premier pays touché avait été la Thaïlande et la contagion s’était vite étendue à ses voisins. Le Fonds Monétaire International est déjà en alerte. Cela devrait accroître encore le climat de crise dans lequel l’économie mondiale évolue mais cela n’affectera pas directement et significativement les économies développées car la part de ces pays dans le commerce mondial n’est pas suffisante pour avoir un effet sur leur activité.

Chez ceux-ci, à l’exception des Etats-Unis, la hausse du dollar a un effet inflationniste en renchérissant le prix des produits importés au premier rang desquels figurent toutes les matières premières, y compris les énergies fossiles, dont le prix est libellé en dollars. Ces conséquences négatives ne sont pas compensées, dans un contexte de faible croissance et de montée du protectionnisme, par le surcroit de compétitivité des entreprises résultant d’un taux de change plus favorable. Ces pays avec leurs banques centrales, à la fois pour freiner la hausse du dollar et atténuer les tensions inflationnistes intérieures, vont donc mener des politiques de plus en plus restrictives avec des taux d’intérêt en hausse qui réduiront l’écart avec les taux américains. Jusqu’à présent entre l’inflation et la récession, un fort consensus existait en faveur de l’inflation. Ce consensus est en train de disparaître et les Etats, à l’exception du Japon, vont être contraints, sans l’avouer, d’admettre qu’une récession en 2023, est désormais inévitable.

La situation américaine est différente. Le niveau du dollar ne constitue pas un facteur déterminant dans les équilibres économiques du pays et son évolution n’a pas empêché le pays de connaître une inflation très importante. Alors qu’on escomptait un ralentissement au mois de septembre, les prix sur un an ont progressé de 8,2%. Dans ce contexte, il serait invraisemblable que la Réserve Fédérale freine son mouvement de hausse des taux et ceux-ci atteindront probablement 5% à la fin de l’année avec une courbe plate, les échéances à long et moyen terme portant des taux parfois inférieurs aux taux à court terme, ce qui est traditionnellement considéré comme le signe avant-coureur d’une récession.

Seule la prise de conscience par les marchés des changes que l’année 2023 connaîtra une croissance négative dans les pays développés est capable de mettre un terme à l’envolée du dollar et d’inverser la tendance. Les pressions inflationnistes provoquées par les coûts croissants des importations libellées en dollar s’atténueront. Ce phénomène se conjuguera avec la baisse de l’activité qui réduira les tensions sur les capacités de production et sur les chaines d’approvisionnement.

Le pire n’est donc pas sûr et la crise financière qui pourrait affecter les marchés en cas de hausses encore plus brutales de la devise américaine n’est pas l’hypothèse la plus probable. Mais pour cela, il faudra accepter l’idée d’une récession.      

 

           

    

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