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Le blog d'Alain Boublil

 

La Chine et la crise mondiale

Les conséquences économiques et financières de l’épidémie de la Covid-19 et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui se conjuguent et durent plus longtemps que prévu dans les pays occidentaux sont telles qu’il n’est plus excessif de parler de crise mondiale. La Chine n’a pas été épargnée du fait de sa politique très stricte du zéro-Covid et de la rupture de chaines d’approvisionnement construites durant les dernières décennies à l’origine de l’essor de la mondialisation. A la veille du XXème congrès du Parti communiste, qui décidera selon toute vraisemblance de confier un troisième mandat de cinq ans au président Xi Jinping, l’économie chinoise est confrontée à un double défi, se protéger contre les effets de la crise qui frappe les Etats-Unis et l’Europe et poursuivre la réorientation de sa croissance vers le marché intérieur tout en renforçant sa présence dans les hautes technologies.  

La vague inflationniste qui frappe les Etats-Unis a provoqué une réaction vive parce que tardive de la Réserve Fédérale. La remontée des taux d’intérêt est à l’origine de la hausse du dollar et de la baisse des marchés financiers. Une récession est jugée plus que probable en 2023 sans qu’on soit sûr qu’elle ramène la hausse des prix au niveau jugé acceptable par la banque centrale. Les programmes d’investissement visant à rendre le pays moins dépendant de la Chine ou à engager la transition énergétique ne devraient pas suffire à dissiper l’inquiétude des ménages face à l’augmentation du chômage et celle des entreprises affectées par la baisse de la demande intérieure et la hausse du coût du crédit.

La situation est pire en Europe qui importe ses énergies fossiles. Au Royaume-Uni, qui connait une inflation et un déficit commercial très importants, le gouvernement vient d’annoncer un plan de dépenses massif. Les inquiétudes sur sa capacité à le financer ont généré une vive hausse des taux d’intérêt et une chute de la livre Sterling. Le retour d’une crise grave comme durant les années 90 n’est plus exclus.

L’Allemagne paie très cher ses choix énergétiques désastreux, avec l’abandon du nucléaire et une dépendance excessive aux importations de gaz russe. L’inflation a atteint 10,9% au mois de septembre alors que le pays a fait de la stabilité des prix un dogme et a imposé à ses partenaires des règles budgétaires strictes, qu’il est, en outre, en train de contourner. La baisse du PIB au 2ème semestre et au premier trimestre 2023 est jugée inévitable.

L’Italie est le pays le plus endetté de la zone euro. Mais il bénéficie, à la différence de la France, d’un fort excédent commercial. Il vient d‘élire une majorité de députés ouvertement eurosceptiques. L’incertitude sur les intentions du prochain gouvernement s’est traduite par un creusement de l’écart entre ses taux d’intérêt et ceux de ses partenaires. L’Italie est la troisième économie de la zone euro. Une crise de confiance aurait des conséquences bien plus graves que celle qui avait été causée par l’Irlande et la Grèce.

La situation de la France n’est pas rassurante. Ses résultats économiques sont meilleurs que ceux de ses partenaires européens, si l’on excepte le déficit abyssal du commerce extérieur, en partie compensé par l’excédent des services. L’inflation (6%) est très inférieure à la moyenne de la zone euro (10%). La croissance et l’emploi semblent moins affectés que dans les autres pays. En revanche le climat social pourrait se dégrader fortement à l’automne et mettre en difficulté un gouvernement qui ne bénéficie pas de la majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

Tel est l’environnement international auquel est confronté l’économie chinoise. Les répercussions sur les cours des devises ont été brutales. La Livre et le yen ont chuté de plus de 20% face au dollar et l’euro de 17% depuis le début de l’année. La devise chinoise est pourtant restée stable face à l’euro. Son internationalisation progresse lentement même si le Yuan a dépassé le Yen comme monnaie de réserve. Les excédents de la balance des paiements s’accumulent, grâce au surplus record des échanges commerciaux, et la banque centrale chinoise, en étant la première détentrice de dollars dans le monde, contribue indirectement au financement du déficit extérieur des Etats-Unis, malgré l’aggravation des tensions politiques entre les deux pays.

La croissance a fortement ralenti au 2ème trimestre (+0,4%) et l’objectif pour l’année qui avait été fixé autour de 5 % sera impossible à atteindre. Le consensus des prévisionnistes le situe à environ 3% avec pour 2023, un chiffre équivalent. A la différence de l’Europe, ce ralentissement n’est pas lié aux conséquences de la guerre en Ukraine mais à la politique très sévère de lutte contre l’épidémie de la Covid-19 qui est toujours présente. En confinant quelques-unes des plus grandes villes du pays, comme Shanghai ou Shenzhen, qui sont des foyers essentiels de la croissance chinoise, Pékin a fait chuter la production et les investissements dans plusieurs secteurs stratégiques. La réorientation des exportations de gaz et de pétrole de la Russie vers l’Asie a permis de contenir les prix de l’énergie et de limiter l’inflation qui reste faible autour de 2%. La Banque centrale chinoise pour soutenir l’économie a adopté, à l’inverse de ses homologues occidentaux une politique accommodante avec la baisse des taux d’intérêt et du niveau des réserves obligatoires des banques.

Un nouveau plan de soutien vient d’être adopté et devrait aider le secteur immobilier à surmonter la grave crise qui l’affecte. La réorientation de l’activité économique vers le marché intérieur engagée depuis plusieurs années permet aussi au pays d’être moins dépendant de la conjoncture internationale. La part de la consommation des ménages dans le PIB est passée de 56% en 2014 à 65% en 2021. On a observé en Août une accélération des ventes de détail sur un an : +4,2% contre +3,8% en Juillet, qui pourrait être la conséquence de l’assouplissement des mesures restrictives liées à l’épidémie.

La stratégie américaine visant à réduire l’influence de la Chine et à retrouver son indépendance technologique, comme dans les semi-conducteurs au travers d’aides directes aux entreprises et en instaurant des restrictions aux importations, a conduit Pékin à renforcer ses liens économiques avec ses partenaires asiatiques et avec la Russie comme en témoignent les réunions récentes avec les membres de l’ASEAN et la conférence du « groupe de Shanghai » qui vient de se tenir à Samarcande. En dépit des tensions géopolitiques, la Chine croit toujours au « monde de Kissinger », né avec la reconnaissance en 1971 du pays par les Etats-Unis, et à la mondialisation. Ses dirigeants rejettent le concept de rivalité stratégique au profit du développement des investissements internationaux et des partenariats stratégiques entre les entreprises.

Les tensions actuelles n’ont pas empêché Tesla de franchir le niveau d’un million de véhicules produits en Chine et les échanges commerciaux avec les Etats-Unis de progresser de 10% depuis le début de l’année. L’introduction en Bourse au niveau record de 70 milliards d’euros de Porsche n’est pas sans lien avec le succès de ses modèles en Chine qui représentent près de 30% de ses ventes mondiales.

La croissance chinoise ralentit mais c’est bien plus la conséquence de facteurs internes comme la situation démographique que, comme dans les pays occidentaux, des déséquilibres financiers majeurs causés par les tensions géopolitiques et la hausse des prix des énergies fossiles. A côté du renouvellement du mandat de Xi Jinping, l’enjeu du prochain Congrès du Parti communiste chinois sera donc aussi de poursuivre l’adaptation du modèle économique du pays pour faire face au nouvel état critique de l’économie mondiale.            

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