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Le blog d'Alain Boublil

 

La nouvelle mondialisation

La mondialisation est morte. Vive la mondialisation ! La crise économique et politique à laquelle le monde est confronté aujourd’hui avec les conséquences durables de l’épidémie du Covid-19 et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie marque la fin de la mondialisation telle qu’on l’a connue ces dernières décennies. Les ruptures intervenues affectent bien plus gravement les pays que celles causées par les chocs pétroliers des années 70, par les réformes intervenues en Chine à partir des années 80 et par l’effondrement de l’URSS au début des années 90. Les économies avaient su progressivement s’adapter à ces phénomènes. Des chaines d’approvisionnement industrielles mondiales avaient permis de produire au meilleur coût et avaient profité aux consommateurs. La libération des échanges de capitaux avait facilité les investissements des entreprises là où elles trouvaient de nouveaux débouchés ou lorsqu’elles pouvaient bénéficier de coûts compétitifs. 

Le chemin parcouru n’avait pas été de tout repos. La libéralisation des marchés financiers qui avait permis aux Etats et aux entreprises d’avoir accès aux financements dont ils avaient besoin n’avait pas été sans risques puisque des déséquilibres intervenus dans une zone économique avaient des répercussions sur toute l'économie mondiale, comme lors de la crise asiatique dans les années 90, de la crise des sub-primes dix ans plus tard, suivie très vite par la crise de l’euro. La situation est aujourd’hui différente : les Etats ont compris les limites du modèle. Une nouvelle exigence est apparue, la sécurité des approvisionnements en matières premières comme en produits essentiels, car celle-ci a été gravement affectée par des tensions politiques bien plus fortes que par le passé du fait de l’action de la Russie et alors que des inquiétudes apparaissent avec l’ascension de la Chine.

Le modèle des futures relations économiques internationales est donc à inventer et cela dans un contexte où une contrainte nouvelle est apparue, la transformation des modes de production et de consommation pour protéger l’environnement. La France est directement concernée du fait du déséquilibre structurel de son commerce extérieur depuis 20 ans, et d’un taux de chômage qui reste élevé, en dépit de sa récente diminution. Le pays a profité des gains de productivité et des bas coûts de production à l’étranger ce qui lui a permis de retrouver un faible taux d’inflation, essentiel pour conserver sa crédibilité au sein de l’Union Européenne. Mais l’économie française a souffert des excès des délocalisations de ses entreprises, souvent très coûteuses, sans que cela crée réellement de la valeur. Elles ont été aussi dommageables pour l’emploi. Ces délocalisations ont constitué une source supplémentaire de vulnérabilité au  moment où les chaines d’approvisionnement étaient fragilisées. La mondialisation passée a alors trouvé ses limites.

Chaque pays va devoir contribuer à la construction de cette nouvelle mondialisation puisqu’il est inimaginable que l’on retourne à une époque d’isolement général et de fermeture des frontières alors que les nouvelles technologies, qui ont été massivement plébiscitées par la population mondiale permettent une circulation générale des idées et de l’information. Mais cette contribution et les politiques à mener pour adapter les structures ne seront pas les mêmes partout. La France a des efforts particuliers à accomplir en raison des faiblesses évoquées ci-dessus. Son modèle économique va devoir trouver un nouvel équilibre.  

La première des priorités concerne le retour à l’indépendance énergétique, qui seul protègera dans l’avenir contre des risques de rupture d’approvisionnement et contre la transmission des tensions inflationnistes qui apparaîtront chaque fois qu’une crise politique affectera les échanges d’énergies fossiles. Leur utilisation ne va pas disparaître du jour au lendemain, même si elle doit impérativement se réduire. Chaque crise affectant un pays producteur se traduira par des tensions sur les prix et nous constatons aujourd’hui à quel point le pays peut être touché. La réponse doit être sans ambigüité : trouver le plus vite le meilleur équilibre entre les énergies renouvelables et le nucléaire. Des investissements massifs doivent donc être entrepris sans délais pour redonner à la production d’électricité nucléaire une part qui permet au pays d’être mieux protégé à un moment où l’électrification de l’économie va s’accroître.

L’Etat doit ensuite retrouver son rôle d’Etat-stratège et ne plus fermer les yeux devant des acquisitions déraisonnables à l’étranger génératrice de délocalisations et le plus souvent à terme de lourdes pertes pour l’entreprise. Quand il est actionnaire, quelque soit le niveau de sa participation, il doit faire part de son opposition aux organes de gestion. Quand il ne l’est pas, il doit montrer publiquement ses réserves. L’abandon de cette neutralité silencieuse aurait certainement permis d’éviter les décisions désastreuses qui ont conduit Alcatel à sa disparition et Renault à son affaiblissement pour ne donner que deux exemples. L’Etat doit retrouver toute sa place dans la nouvelle mondialisation.

Le moment est aussi venu de procéder à une révolution logistique. Il faut réduire la consommation d’énergies fossiles, améliorer les conditions de transport à l’intérieur du territoire national, tout en diminuant les coûts et en améliorant la sécurité des approvisionnements. Il importe donc de redonner au transport ferroviaire de marchandises la place qu’il a perdue et à nos ports les capacités d’accueil et de gestion qui permettront d’éviter qu’un quart de nos importations et de nos exportations de marchandises passent par Anvers ou Rotterdam. Le commerce mondial ne va pas disparaître, même s’il prend une autre forme suivant la nature des produits et les destinations. A cela aussi la France doit se préparer.

Enfin un vaste effort de pédagogie économique est à entreprendre vis-à-vis de la population, en particulier auprès des « nouvelles générations » qui s’alarment, à juste titre, des risques que fait peser sur leur avenir le réchauffement climatique mais qui passent de nombreuses heures par jour à consulter leurs smartphones, sans se soucier de la production d’électricité que cela nécessite et du volume de matières premières souvent rares qui sont indispensables pour les fabriquer. Les comportements des consommateurs doivent aussi s’adapter au nouveau monde, où il y aura moins d’avantages, du fait des coûts de transport et du développement des pays fournisseurs, à se fournir à l’autre bout de la planète. Ce qu’ils perdront en pouvoir d’achat, ils le regagneront en emplois créés et en amélioration de l’environnement. Il est donc nécessaire de les en convaincre.

La nouvelle mondialisation ne pourra pas se passer des marchés financiers. L’Europe doit l’intégrer dans ses efforts d’adaptation et agir pour accroître la place de l’euro comme monnaie de réserve et comme monnaie utilisée dans les transactions internationales. Les Etats doivent s’accorder autour de politiques communes et renoncer à leurs divisions entre ceux qui seraient « économes » au nord et ceux qui seraient trop « dépensiers » au sud, débat qui apparait dérisoire quand on regarde les enjeux mondiaux et qui ne font qu’affaiblir la position de chacun. Les financements communautaires, comme celui adopté lors du plan de relance, doivent désormais être vus comme des progrès en faveur du renforcement de l’Union Européenne et non comme des méthodes de transfert au profit des uns et au détriment des autres.

Une ère nouvelle s’ouvre et de nombreux raisonnements passés sont devenus obsolètes. La tâche des gouvernements, et pas uniquement en France, va être de définir d’autres politiques. Mais cela ne suffira pas. Ils devront convaincre, parce que que les temps ont changé, leurs populations de modifier leurs comportements économiques et les responsables d’entreprise d’adapter leurs investissements et de repenser leurs relations avec leurs fournisseurs. Cela prendra du temps et c’est la raison pour laquelle il ne faut pas tarder.                    

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