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Le blog d'Alain Boublil

 

L'élection française et l'Europe

La France va élire son prochain Président de la République les 10 et 24 avril. Seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour seront présents au second tour. La campagne électorale se déroule dans un contexte sans précédent. L’attention médiatique est concentrée sur la guerre en Ukraine. Les commentaires relatifs à l’élection portent chaque jour sur les résultats du dernier sondage et le classement des candidats, comme s’il s’agissait du Tour de France, et sur leur personnalité. Quand ils sont interviewé, on leur demande d’abord de commenter l’actualité et beaucoup plus rarement de parler de leur programme. Pour la première fois, l’économie n’est pas au centre du débat.

Depuis quelques jours, la question du pouvoir d’achat est revenue au premier plan avec la hausse des prix provoquée par les difficultés d’approvisionnement liées aux séquelles de la crise sanitaire et par les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les réponses données par les candidats consistent en une énumération de chèques accordés à une part plus ou moins grande de la population. La cohérence des politiques proposées aux électeurs n’est pas abordée de façon approfondie. Pourtant la France n’est pas encore sortie de ces deux crises majeures. Aucun débat de fond n’a été proposé aux candidats pour qu’ils s’expriment sur leurs propositions et la capacité de celles-ci à répondre aux défis auxquels le pays est confronté.

Si les chiffres de la croissance et de l’emploi peuvent être mis en avant, c’est essentiellement parce que leur amélioration découle d’une situation passée fortement dégradée. En revanche l’accumulation des déficits a entrainé une forte hausse de l’endettement public et l’effet conjugué d’une hausse des prix des énergies fossiles et du processus de désindustrialisation du pays a engendré un déficit considérable des échanges extérieurs. Dans le passé, une telle situation conduisait d’abord à une forte hausse des taux d’intérêt pour protéger la monnaie nationale et si cela ne suffisait pas, le seul recours était de solliciter l’aide du Fonds Monétaire International. Seul les Etats-Unis qui ont toujours eu un double déficit considérable, parce qu’ils possédaient la devise dans laquelle s’effectue la grande majorité des transactions, ont échappé à ces risques. La création de l’euro a permis aussi aux Etats-membres, au premier rang desquels figure la France, de ne pas être confrontés à de telles situations.

Mais la campagne électorale, au lieu de se concentrer sur ces questions essentielles, porte plus sur la personnalité des candidats que sur leur capacité à relever les défis auxquels le pays est confronté. Les commentaires qui suivent leurs interventions s’intéressent surtout à leur aptitude à séduire l'opinion. En particulier, l’absence d’un vrai débat sur la cohérence entre le programme économique de la candidate d’extrême droite et ses positions sur les questions européennes risque de priver les électeurs d’informations essentielles.  

Lors du débat télévisé précédant le second tour de l’élection présidentielle de 2017, l’incapacité de Marine Le Pen à formaliser les conditions de la sortie de l’euro, laquelle constituait un élément central de son programme, avait été considéré comme l’explication du piètre jugement des téléspectateurs sur sa performance et la cause principale de sa lourde défaite le dimanche suivant. Cette fois, la candidate semble en avoir tiré les leçons et affirme que cette proposition ne figure plus dans son programme. Mais cela ne l’empêche pas de formuler des propositions qui vont à l’encontre des règles qui s’appliquent aujourd’hui dans l’Union.

Elle annonce d’abord qu’elle rétablira des contrôles aux frontières pour les marchandises sous prétexte de lutter contre les fraudes. Mais cette proposition va à l’encontre de l’un des principes fondateurs du marché unique. Ce sont aux pays qui ont des frontières avec des pays non-membres de procéder à ces contrôles. Entre deux pays membres, c’est impossible. Remettre en cause de façon unilatérale cette règle est de nature à créer une crise majeure avec Bruxelles et nos voisins, crise qui se traduirait dans un premier temps par des mesures de rétorsion, ce dont, dans la conjoncture actuelle, la France n’a pas besoin.

Les nouvelles restrictions que la candidate d’extrême droite propose d’instituer concerne aussi les personnes, avec dans les faits la sortie de l’Accord de Schengen et l’instauration de contrôles aux frontières pour les ressortissants Européens. Elles sont contraires au principe de libre circulation. Pire, en réservant aux citoyens français l’accès à des services ou des prestations sociales, on introduit une discrimination qui viole le droit européen, susceptible d’entrainer des poursuites, comme ce qui se passe avec la Pologne aujourd’hui.

Enfin, Marine Le Pen veut introduire le principe de la supériorité du droit national sur le droit européen au nom de la souveraineté. Mais l’essence même du projet Européen est celui d’une souveraineté partagée dont tout le monde profiterait. Pour les échanges commerciaux, cela revient à remettre en cause tout ce qui a été construit depuis soixante ans. Les entreprises françaises ont construit des chaînes de production et d’approvisionnement à l’intérieur du marché unique pour le desservir dans les meilleures conditions. Pour de nombreuses entreprises, le repli sur soi pour se conformer à de telles règles a toutes chances d’être fatal.

Comment dans ces conditions, alors que de nombreux conflits seront déclenchés avec nos partenaires comme avec Bruxelles, peut-on imaginer que la France va pouvoir rester dans l’Union et donc conserver l’euro ? Le plus surprenant, et le plus décevant, c’est que ces contradictions majeures au sein du programme de la représentante du Rassemblement National, n’aient été que peu évoquées. En 2017, c’est l’incapacité à définir le processus d’une éventuelle sortie de l’euro qui avait porté un coup décisif à la campagne de la candidate. Mais aujourd’hui les temps ont changé et cette question est encore plus essentielle. Si la France a pu mener la politique du « quoi qu’il en coûte » pour faire face à la crise sanitaire, c’est grâce à l’existence de l’euro et à l’action de la Banque Centrale Européenne.

L’économie française comme celle de ses partenaires a été fragilisée et la situation s’est aggravée avec la guerre en Ukraine et la réapparition de tensions inflationnistes. Tout doute sur les engagements européens de la France serait de nature à pénaliser encore davantage son économie. On observe dans les sondages depuis quelques jours une réduction des écarts dans les intentions de vote entre le président sortant et la candidate d’extrême-droite. Le mouvement ne se limite pas à la France puisqu’en Hongrie, Victor Orban, qui appartient à la même mouvance politique a été largement réélu. L’inquiétude des marchés financiers commence à se faire sentir. La hausse des taux à moyen terme s’est amplifiée avec le 6 avril l’OAT à dix ans qui cotait 1,17% du fait de l’accroissement du spread avec le Bund allemand qui dépasse désormais 50 points de base.

Le programme de la candidate du Rassemblement National est incompatible avec le maintien de la France dans l’Union Européenne et dans la zone euro. Le parallèle avec le choix du Royaume-Uni et le « Brexit », quand on évoque un éventuel « Frexit » n’a pas de sens puisque précisément ce pays n’appartenait pas à la zone euro et n’eût qu’à s’affranchir des règles communes et instituer une nouvelle réglementation qui régit ses rapports avec l’Union, laquelle n’est d’ailleurs toujours pas complètement mise en place. La perspective que la France sorte de l’euro déclencherait une crise financière majeure. Après les « Gilets jaunes », la Covid-19 et les répercussions de la guerre en Ukraine, est-ce vraiment ce dont le pays a besoin ?   

     

         

       

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