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Le blog d'Alain Boublil

 

La Chine et la guerre en Ukraine

Ce n’est évidemment pas un hasard si l’offensive russe en Ukraine a été déclenchée le lendemain de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques d’hiver qui se tenaient à Pékin. Il ne fallait pas détourner l’attention du monde. La Chine voyait dans cette cérémonie une occasion de renforcer son rayonnement international et Moscou entendait préserver les liens privilégiés que les dirigeants russes entretenaient avec leurs homologues chinois. La présence de Vladimir Poutine lors de l’inauguration, alors qu’il n’avait pas quitté son pays depuis le début de l’épidémie, avait été un autre geste symbolique révélateur de sa volonté de s’assurer sinon du soutien du moins d’une neutralité bienveillante à la veille de l’invasion de l’Ukraine car elle susciterait, le Kremlin en était conscient, des réactions très vives des pays occidentaux.

Les tensions entre Washington et Pékin, avant le déclenchement de la guerre, étaient déjà réelles et avaient pour origine la rivalité classique entre deux grandes puissances. Leurs intérêts économiques étaient souvent communs et parfois contradictoires ce qui avait jusqu’à présent permis d’éviter une confrontation où il n’y aurait eu que des perdants. Mais si la Chine soutenait ouvertement l’offensive russe, le pays aurait eu à faire face à une aggravation de ces tensions et à leur extension avec l’Europe, avec des répercussions économiques et financières majeures. C’est pourquoi Pékin s’est abstenu lors du vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur la condamnation de l’agression russe vis-à-vis de l’Ukraine. Ainsi la Chine évitait ce risque tout en préservant ses relations économiques avec son voisin.

Ces relations sont pourtant bien moins importantes qu’on ne le dit. Les exportations chinoises vers la Russie ne représentent que quelques pourcents du total. Le seul domaine que l’on pourrait qualifier de stratégique concerne le gaz naturel. Mais il ne faut pas le surestimer. La Chine a décidé en 2010 d’accroître son utilisation pour réduire sa dépendance au charbon dans ses centrales électriques qui rejetaient des quantités massives de particules fines dangereuses pour la santé. Cela contribuait aussi à freiner la croissance des émissions de CO2 pour à terme les plafonner et devenir un pays avec des émissions nettes nulles. La consommation de gaz naturel est passée entre 2010 et 2020 de 96 à 335 milliards de m3. Malgré la découverte d’importants gisements de gaz de schiste, la production n’a pas suivi et  est passée de 96 à 194 milliards de m3.

Pour assurer ses approvisionnements, Pékin a construit des gazoducs vers les gisements d’Asie centrale, et notamment du Turkménistan et des usines de traitement du Gaz Naturel Liquéfié. Des contrats à long terme avec les pays du Golfe et l’Australie furent passés. En 2015 a été instaurée une coopération étroite avec la Russie. Un premier gazoduc a été construit et mis en service en 2019 et un deuxième est en cours de réalisation pour desservir le nord du pays. Entre 2010 et 2020, les importations de gaz russe sont passées de 13 milliards à 40 milliards de m3 soit moins de 15% de la consommation totale du pays. Même si ces volumes vont s’accroître avec la mise en service du second gazoduc, ils ne sont pas de nature à compenser les conséquences pour la Russie d’un arrêt éventuel des importations de l‘Europe. Les importations de pétrole sont beaucoup plus importantes mais les marchés pétroliers sont plus flexibles et Moscou trouverait sûrement d’autres clients si la Chine décidait de se fournir ailleurs.

Dans le cadre du programme des Nouvelles Routes de la Soie ont été construites des liaisons ferroviaires avec l’Europe traversant la Russie, les Etats baltes et la Biélorussie et plus marginalement l’Ukraine afin de réduire les coûts et les délais d’approvisionnements des produits chinois vers leurs clients européens qui en profitaient à leur tour pour exporter dans de meilleures conditions. Le conflit actuel n’a pas affecté les infrastructures mais de nombreuses entreprises européennes ont cessé, autant pour des motifs de sécurité que pour des raisons politiques, d’utiliser ces moyens de transport.

Enfin, il est peu vraisemblable que la Chine permette à la Russie de contourner les sanctions financières décidées par les pays occidentaux car le risque de provoquer des mesures de rétorsion serait sans rapport avec les avantages que le pays pourrait en retirer. Ainsi, l’économie chinoise est beaucoup moins affectée par la guerre en Ukraine qu’on pourrait le penser et c’est pourquoi il ne faut pas surestimer ses conséquences car la Chine est confronté à d’autres défis bien plus importants.

Un objectif de croissance de 5,5% a été fixé pour 2022. Il est un peu inférieur aux tendances passées où la croissance avait dépassé 6%. Mais le volume de la production chinoise est maintenant très supérieur à ce qu’il était dans le passé. Son augmentation prévue en 2022 est donc bien plus élevée qu’il y a une dizaine d’années quand la croissance était deux fois plus importante. A la différence des autres pays, la crise sanitaire n’a provoqué qu’un ralentissement momentané de la croissance en 2020 et non la grave récession observée ailleurs. Sur les trois années 2020,2021 et 2022, la progression de l’économie chinoise restera donc très supérieure à celle des autres principales économies.

Mais cette prévision a été effectuée avant le rebond de l’épidémie de la Covid-19 qui vient d’être observé et des mesures drastiques décidées par le gouvernement avec le confinement, certes très temporaires, de Shenzhen. Cette région est un peu l’équivalent de la Californie pour les Etats-Unis et constitue l’un des principaux centres d’innovation technologique de la Chine. Cela pèsera forcément sur la croissance du 1er semestre.

A la différence des pays occidentaux, la Chine semble moins affectée par l’inflation qui devrait rester autour de 3% du fait des mesures prises pour limiter les conséquences de la hausse des prix des matières premières. Les excédents des paiements extérieurs et le contrôle des déficits publics qui devraient rester voisins de 3% du PIB permettent aussi d’adopter des allègements fiscaux en faveur des entreprises et des transferts financiers vers collectivités locales. La politique monétaire restera elle aussi orientée vers le soutien de la croissance et des baisses des taux d’intérêt de la banque centrale ou des coefficients de réserve obligatoire des banques sont prévisibles.

Mais cela n’empêchera pas l’apparition de chocs financiers comme ceux qui viennent de frapper les bourses de Hong Kong et de Shanghai à la suite de la résurgence de la crise sanitaire. L’endettement excessif du secteur immobilier a été maintes fois signalé et après Evergrande, deux promoteurs importants, Logan et Peer Times China, ont été dégradés par les agences de notation et placés proches du défaut de paiement. La spéculation sur les cours des matières premières a pris des proportions inquiétantes et le marché du nickel a dû être fermé plusieurs jours du fait des positions spéculative massive à la baisse du groupe Tsingshan qui s’est retrouvé incapable de répondre aux appels de marge demandés par le marché.

Au fur et à mesure que la Chine se développe, le pays est confronté aux problèmes qu’ont rencontré avant elle les autres grandes économies. C’est dans ce contexte qu’est intervenue la guerre en l’Ukraine et c’est pourquoi, si celle-ci était appelée à durer, l’attitude de neutralité de Pékin ne pourra être éternelle car les enjeux économiques et financiers de ses relations avec les pays occidentaux sont bien plus importants que ceux découlant de ses relations avec Moscou.                          

       

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