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Le blog d'Alain Boublil

 

Front National, Cop 21 : l'information-spectacle

L’enthousiasme médiatique qui a caractérisé les deux grands évènements du week-end, l’« Accord » au terme de la COP 21 et le résultat des élections régionales, n’a-t-il pas brouillé leur compréhension par le public ? Dans le cas du Front National, c’est une évidence. Le mouvement d’extrême droite a subi une lourde défaite dimanche. Il n’a gagné aucune région, contrairement à la plupart des pronostics. Chaque fois, le score, que l’on prédisait « serré » a été large, particulièrement dans le Nord-Pas-de-calais-Picardie où Marine Le Pen se retrouve avec près de quinze points de retard sur le vainqueur.

Surtout, et c’est ce qui aurait dû retenir l’attention, le regain spectaculaire de la participation des électeurs entre les deux tours,  qui est passée d’environ 50% à près de 60%, s’est effectué au détriment du parti d’extrême-droite. Plus les Français votent, moins le résultat final du Front National est élevé. Telle aurait dû être le principal constat relatif au scrutin. Le nombre de voix en valeur absolue, et surtout sa comparaison au fil du temps, n’ont pas grand sens, surtout quand celle-ci porte sur des scrutins de nature  différente. L’électorat croit chaque année avec la population. La participation varie d’un scrutin à l’autre, et même comme on vient de le voir, entre les deux tours d’une même élection. Les enjeux ne sont pas les mêmes : municipales, départementales, régionales et européennes, peuvent fournir l’occasion d’exprimer un mécontentement, tant que les conséquences réelles du vote sont mineures  et c’est ce qui s’est produit ces trois dernières années. Mais une élection nationale, pour choisir le Président de la République ou les députés est d’une toute autre nature et le choix est dicté bien plus largement par le contenu des propositions en présence, même si leur crédibilité est parfois mise en doute.

Tirer des conclusions nationales d’une élection locale au détriment de la recherche de la vérité et lui donner un caractère prédictif n’a donc pas beaucoup de sens. Mais, et c’est son objet, cela a bien plus de retentissement. L’enjeu médiatique l’emporte sur la présentation des faits. Ceux-ci sont pourtant simples. Le Front National n’a aucune chance de remporter une élection qu’elle soit locale ou nationale. Le nombre de villes dirigées par des maires qui s’en réclament est infime et l’influence de ses élus, dans les instances où ils représentent ce parti, est insignifiante. Les raisons ne tiennent ni aux modes de scrutin ni à l’existence d’un « plafond de verre » destiné, selon certains, à voler en éclat, mais aux propositions développées par ses dirigeants. Dans un premier temps, elles étaient centrées sur des considérations « sociétales », souvent implicitement racistes, relatives à l’immigration. Conforté par l’échec des partis traditionnels à réduire le chômage et à répondre aux aspirations de leurs électeurs, le Front National a progressé depuis 2002, où son candidat était arrivé en seconde position au premier tour de l’élection présidentielle.

Mais pour dépasser ce stade, ses dirigeants se sont lancés dans une double mutation : dédiabolisation et élaboration d’un programme économique et social. Autant le premier volet  a connu un retentissement médiatique spectaculaire, autant le second a fait l’objet d’une étonnante discrétion de la part des commentateurs économiques, pourtant très expérimentés pour disséquer les propositions des partis traditionnels. Or ce programme, qui repose sur le repli de la France sur elle-même, la sortie de l’Europe et de l’euro, le protectionnisme et des dépenses publiques non financées, n’a aucune chance, quand il sera mieux connu, de susciter l’adhésion des Français. L’exemple grec avec les banques fermées pendant un mois et les restrictions à l’usage des cartes de crédit aura vite fait de dissuader les électeurs. L’euphorie médiatique qui entoure ce parti et qui entretient l’illusion d’une possible arrivée au pouvoir se dissipera alors très vite. Entre l’exploitation d’un évènement et l’examen lucide de sa portée, il y a un fossé que le temps permet de combler.

Le même phénomène est intervenu à l’issue de la COP 21. Le succès diplomatique est incontestable et il est à mettre à l’actif de Laurent Fabius et de son équipe. Depuis que ce type d’évènement existe, il a été très rare que les participants se soient quittés sans qu’une fausse note vienne gâcher la cérémonie finale, pour ne rien dire des réunions, comme à Copenhague, où un désaccord entre les principaux pays avait empêché toute avancée. A Paris, rien de tel et l’enthousiasme médiatique a été le reflet de la satisfaction des participants. Ils n’étaient pas venus pour rien et il a pu être acté pour la première fois que le réchauffement faisait courir de graves dangers à la planète et que tout le monde était concerné. Au-delà de cette satisfaction de principe, la portée du texte adopté est bien mince et c’est bien ce qui est passé au second plan lors de la présentation des résultats de la COP 21.  

D’abord  l’« Accord » n’est pas un traité et il n’a aucun caractère contraignant. Il est soumis dans chaque pays aux procédures que leurs dirigeants choisiront. Déjà aux Etats-Unis les leaders républicains du Congrès ont fait part de leur hostilité envers tout engagement concret. Et ils ont même fait valoir que c’est la Cour Suprême qui, en dernier ressort, validera, ou non, les mesures prises au niveau fédéral, en matière de transition énergétique. Le texte ne comporte aucun objectif chiffré de réduction d’émissions de CO2 au niveau global, et a fortiori, au niveau des Etats, et donc aucune procédure de contrôle. La Chine, soucieuse de sa souveraineté ne l’aurait jamais accepté, ce qui ne signifie d’ailleurs pas que le pays ait renoncé, bien au contraire, à se lancer dans une réforme de sa politique énergétique. Mais elle le fera de son côté, sans que des objectifs venus de l’extérieur lui soient imposés. On savait tout cela depuis un an, après la déclaration commune des présidents américains et chinois.

Quant aux références à la fixation d’un prix mondial, ou même par zone, du carbone, elle a disparu. L’Allemagne et la Pologne pourront donc continuer à bloquer, au niveau européen, toute réforme du marché qui avait été présenté en son temps comme une contribution essentielle de l’Europe à la réduction des émissions. Les pays émergents enregistrent avec satisfaction la reconnaissance par les pays développés que les responsabilités face aux dommages créés à l’environnement sont inégales et qu’il faut en tenir compte dans les efforts demandés. Mais la seule conclusion tirée est l’affichage des 100 milliards de crédits qui est leur est offert, seul chiffre figurant dans l’Accord. Mais ces financements ne seront disponibles qu’à partir de 2020. Or personne n’est en mesure de s’engager cinq ans à l’avance. Ce sera la responsabilité des gouvernements de l’époque et il serait bien présomptueux de la préjuger s’agissant d’intentions ou de propositions non soumises à des contrôles et encore moins à des sanctions. Le contraste est donc flagrant entre l’emballement médiatique, « la planète est sauvée » et la réalité.

Qu’il s’agisse de la vie politique ou de sujets aussi graves que l’environnement, il devient de plus en plus difficile, pour le citoyen, de se faire une  opinion sur les sujets essentiels sur lesquels il est appelé à se prononcer. Il a parfois raison d’en rejeter la responsabilité sur le personnel politique. Mais en l’espèce, le système médiatique n’est pas exempt de reproches. On a souvent parlé d’Etat-spectacle pour le critiquer. L’information-spectacle ne vaut guère mieux.

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