Vous n'êtes pas encore inscrit au service newsletter ?

S'inscrire

Se connecter

Mot de passe oublié? Réinitialiser!

×

AB 2000 Site d'analyse

Le blog d'Alain Boublil

 

TEC 10 : 1,34%

Le taux constaté sur les marchés financiers des emprunts français à 10 ans atteint 1,34%, soit un retour au niveau moyen observé en 2014, mais en vive reprise :  au début de mois de mai, il était descendu en dessous de 0,5%. Pourquoi des fluctuations aussi brutales et quelles en sont les conséquences pour l’économie française ?

Jusqu’il y a quelques jours, le mot qui était sur toutes les lèvres et qui déclenchait les inquiétudes des économistes, était « déflation ». La chute des prix des matières premières sous l’effet conjugué des moindres importations chinoises et, pour ce qui était du pétrole, de la très forte hausse de la production américaine, s’était répercutée sur les prix à la consommation lesquels, pour la première fois en Europe depuis des décennies, avaient baissé. Le spectre de la « décennie perdue japonaise » était dans tous les esprits. On redoutait ce cycle pervers provoqué par le comportement des agents économiques qui différaient leurs dépenses en escomptant un rabais, d’où un cercle vicieux, la production, donc l’emploi s’ajustant à la baisse. Cette menace était d’autant plus redoutable que les dits Etats, du fait de leurs déficits excessifs et de leur endettement tout aussi excessif au regard des engagements européens ne disposaient plus de l’arme budgétaire pour stimuler l’activité. Le seul recours qui restait, c’était le BCE.  Son président, Mario Draghi, ne ménagea donc  pas ses efforts pour contrebalancer les tendances déflationnistes, ce qui, notons-le au passage, constitue un extraordinaire renversement de l’histoire. On rappelle que la mission assignée à la BCE, au terme de laborieuses négociations entre les pays européens en 1992, c’était la lutte contre l’inflation, pas l’inverse.

La baisse des taux d’intérêt à court terme et le programme d’achat massif d’obligations d’Etat par la BCE sur le marché, conduisit les taux à long terme jusqu’au niveau sans précédent atteint au début du mois de mai. Les investisseurs, anticipant des taux d’inflation négatifs pour les années à venir, caractéristiques du risque déflationniste, se contentaient de taux à peine positifs. Tout a changé depuis un mois, avec l’arrêt de la baisse puis la légère remontée des cours du pétrole et surtout les premiers signes d’une reprise en Europe. La menace d’un scénario à la japonaise, s’éloignait, même si, comme en France, ces signes restaient fragiles comme en témoignent la poursuite de la hausse du chômage et la baisse de la production industrielle en avril.

Les déclarations de Mario Draghi, constatant l’évidence, à savoir la diminution du  risque déflationniste, ont amplifié les mouvements sur les taux. La reprise a été aussi brutale et excessive qu’avait été la baisse à l’automne dernier. Les investisseurs, dans ce nouveau contexte, ont procédé à des arbitrages en faveur de placements plus rémunérateurs, d’autant que s’agissant bien souvent de fonds de pension, leurs engagements de retraites n’étaient plus tenables avec des taux proches de zéro.

Immédiatement, on a assisté à une pluie de commentaires alarmistes sur les conséquences pour la France de la remontée des taux, commentaires aussi nombreux qu’avaient été rares ceux qui décrivaient les effets bénéfiques de la baisse. Pour mesurer les conséquences de cette remontée, il faut intégrer deux facteurs : les emprunts sont émis à taux fixe et leur durée moyenne (les spécialistes appellent cela leur maturité) est supérieure à 7 ans. Surtout, ils servent, en majorité, à rembourser des emprunts anciens émis à des taux trois à quatre fois plus élevés. Ainsi, depuis le début du mois de juin, la France a placé sur le marché 20 milliards d’euros, une moitié à court terme au taux toujours négatif de -0,2%, et une moitié à long terme à un taux moyen, pour des échéances de 8 à 15 ans, de 1,2%. Et depuis le début de l’année, le taux moyen pondéré des émissions supérieures à deux ans, était de 0,44% (hors emprunts indexés). En 2013, ce taux était de 1,54% et en 2011 de 2,8%. La baisse de la charge de la dette publique française va donc se poursuivre, du simple fait du remplacement de l’ancienne dette à taux élevé par les nouvelles émissions à taux bas, même si ces taux sont supérieurs aux taux très faibles observés en avril et en mai.

On constate  cette baisse dans la dernière situation mensuelle du budget de l’Etat : la charge de la dette à fin avril a reculé de 5% à 17,4 milliards et l’Agence France Trésor prévoit une charge totale pour l’année d’environ 40 milliards soit près de 4 milliards de moins que ce qui est inscrit dans le budget. Le succès des émissions effectuées depuis un an garantit déjà au minimum une stabilisation de cette charge en 2016, et non une forte hausse comme cela était annoncé dans la loi de programmation des finances publiques. Ce sera même le poste le plus important des « économies budgétaires » promises par le gouvernement pour les années à venir.

Commentaires

Pas de commentaires.

Vous devez vous inscrire pour poster un commentaire : se connecter