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Le blog d'Alain Boublil

 

L’Allemagne et le climat

Les déclarations enthousiastes des dirigeants allemands en faveur de la lutte contre le réchauffement de la planète à l’occasion du G7 qui s’est tenu en Bavière ou encore dans la perspective de la Conférence de Paris, ne doivent pas faire illusion. L’Allemagne, comme toujours, on ne saurait le lui reprocher, protège son industrie. Et la chancelière Angela Merkel soigne ses soutiens politiques pour se maintenir au pouvoir, quelques en soient les effets sur les émissions de CO2 de son pays. Le climat, oui, mais pas au détriment des clients.

L’abandon du nucléaire en est un premier exemple. C’est un des rares domaines où l’industrie allemande a échoué. On l’a oublié mais l’EPR, tant critiqué aujourd’hui, fut le fruit d’un projet franco-allemand entre Framatome et Siemens né à la fin des années 80, après la catastrophe de Tchernobyl afin de concevoir des réacteurs encore plus sûrs. Sous l’influence du CEA, la France avait lancé un projet différent, Superphénix, dont le mérite, pensait-on, était de résoudre la question des déchets. Le projet sera abandonné mais EDF ne commandera pas pour autant l’EPR avant longtemps. Pour concrétiser l’alliance afin d’en faire un « Airbus de l’industrie nucléaire », Siemens, au moment de la constitution d’Areva en 2001, avait apporté ses propres activités, et était devenu actionnaire minoritaire d’Areva NP, la filiale en charge des réacteurs et de leur maintenance. Et comme il fallait des commandes, on se tourna vers un client historique de Siemens, l’électricien finlandais TVO.    

Areva, soutenu donc par Siemens qui fournirait la turbine, soumissionne et gagne le marché. On connait la suite. Livrer un îlot nucléaire est une chose, construire une centrale en est une autre. C’est un peu comme si on demandait à une usine qui fabrique des moteurs de produire des voitures. Siemens comprenant qu’il n’avait aucun avenir dans ce secteur et anticipant la décision du gouvernement allemand, sort de l’alliance avec Areva en 2009. En 2011, après Fukushima, la Chancelière allemande annonce l’abandon du nucléaire et la fermeture des centrales d’ici à 2022. C’est le « tournant énergétique », l’Energiewende. Pour compenser ces fermetures, des investissements massifs dans les énergies renouvelables sont décidés, avec des hausses de tarifs et des subventions publiques sur lesquelles Bruxelles fermera les yeux. Siemens, qui avait depuis longtemps investi dans l’éolien, en sera, ce n’est pas un hasard, le grand bénéficiaire. L’Etat-stratège n’est donc pas toujours là où on l’imagine.

Seulement, comme les « renouvelables » sont intermittentes, et qu’il faut bien satisfaire les besoins d’électricité en permanence, le retrait du nucléaire se traduit par une forte hausse de la consommation de houille et de lignite, dont la combustion émet deux à deux fois et demi  plus de CO2 que le gaz naturel. Ces centrales ont fourni en 2014 45% de l’électricité produite. L’Allemagne, en termes d’émission, est ainsi devenue le mauvais élève de l’Europe, bien que les critères choisis, dans l’indifférence générale, lui aient été très favorables puisqu’on avait pris comme repère l’année 1990, celle précisément de la réunification. La fermetures des usines non compétitives et ultra polluantes de RDA,   dispensa le pays de faire des efforts ailleurs et lui permit, un temps, de faire bonne figure.Et sur le plan politique, c’était brillant : l’abandon du nucléaire plait aux « Verts », avec lesquels Angela Merkel n’a pas renoncé à gouverner, et la relance du charbon lui assure le soutien des mineurs, très influents dans la Rhur et en Saxe. Mais ce n’est pas tout.

L’Europe s’était mis d’accord, dans la lignée du Protocole de Kyoto, pour corriger les effets sur l’environnement des énergies fossiles en créant les certificats d’émission de CO2. Plusieurs pays, en dehors de l’Europe et même certaines provinces chinoises l’adoptèrent par la suite. Le mécanisme est simple. Tout émetteur de CO2 doit payer une taxe. Pour s’en acquitter il reçoit gratuitement des certificats. S’il dépasse son contingent, il doit les acheter sur un marché où les vendeurs sont ceux qui, du fait de leur action, ne consomment pas tous ceux qui leur ont été alloués. Le système lancé avant la crise de 2008, était calibré sur l’activité économique passée. La chute de l’activité rend les allocations de quotas trop généreuses, le cours des certificats s’effondre et le système perd tout caractère incitatif. Le remède était simple : il suffisait de réduire les allocations. Mais pour cela il fallait un accord des Etats validé par le Parlement européen. Qui s’y oppose de toutes ses forces ? L’Allemagne. On évoque maintenant une possibilité de révision des quotas en 2018…

Pendant ce temps là, les éoliennes du nord de l’Allemagne sont entrées en activité et le pays peut afficher des chiffres record de capacité d’énergie renouvelable. Mais ils ne reflètent pas la réalité puisque qu’il faut, à production égale, quatre fois plus de capacités dans l’éolien et huit fois plus dans le solaire que pour une centrale nucléaire ou thermique. En outre, ces productions sur les rivages de la Baltique ne correspondent pas aux besoins locaux. Il fallait donc adapter le réseau de transport. Mais les landers du sud de l’Allemagne, la Bavière en tête, s’opposent farouchement à la construction des lignes à haute tension qui défigureraient leurs paysages. Résultat, puisqu’avec la bénédiction des régulateurs européens, ces productions jouissent d’une priorité d’accès, la production allemande, au fil des circonstances météorologiques, fait chuter les prix et déstabilise les marchés du Bénélux et même de la France qui, comble du paradoxe est parfois obligée d’importer de l’électricité d’Allemagne, certes pour des montants anecdotiques. C’est ainsi que l’Allemagne a accru ses émissions de CO2 en 2012 et 2013 et n’a dû sa stabilisation en 2014 qu’à un hiver particulièrement doux, et ce en dépit des engagements pris. Et les excès périodiques de production bénéficiant de la priorité d’accès au réseau ont déstabilisé les marchés des pays voisins en provoquant la chute des prix de gros. 

La production d’électricité et de chaleur n’est pas, et de loin, la seule source des émissions. L’autre grand facteur est la combustion du carburant dans les transports. Or l’un des points forts de l’industrie allemande est bien sur la production de véhicules puissants, donc fortement consommateurs d’essence et de diesel et émetteurs de CO2 et de particules. Or, là encore, que constate-t-on ? L’industrie allemande, soutenue par son gouvernement exerce une pression continuelle sur Bruxelles pour que les normes d’émission soient moins sévères et que leur application dans le temps soient chaque fois reportée à une date plus éloignée. En outre, la mesure des émissions reste une prérogative nationale. Chaque constructeur parvient ainsi à les sous-estimer, parfois dans des proportions significatives (20 à 25% pour les modèles les plus puissants).

Les préoccupations de l’Allemagne relatives au climat passent ainsi loin derrière celles relatives à la santé de ses fleurons industriels. Et  son influence, à Bruxelles, lui a permis, en contradiction avec les bonnes intentions affirmées, de les protéger.  

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