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Le blog d'Alain Boublil

 

2014: 189 000 chômeurs de plus

Les chiffres du chômage à la fin de l’année 2014 ne contiennent aucune bonne surprise : avec 3.496.000 demandeurs d’emplois en catégorie A en France métropolitaine la progression est de 189.000 sur l’année et de 510.000 depuis juillet 2012. La seule période, sur ces deux ans et demi, où la courbe du chômage a semblé s’infléchir, sinon s’inverser, s’est située à l’automne 2013. On assiste même alors, pour la première fois depuis deux ans, à une hausse de l’emploi salarié. La consommation est en train de repartir, et le bond, à l’époque, des recettes de TVA en témoigne. La France était donc bel et bien en train de sortir de la quasi-récession qui avait marqué la fin de la crise de l’euro et l’horizon semblait se dégager d’autant plus que nos grands partenaires commerciaux européens retrouvaient eux-aussi des couleurs. Les taux d’intérêt avaient baissé, l’inflation était maîtrisée et l’euro ne se renchérissait plus face au dollar.

Que s’est-il alors passé pour qu’on assiste à une rechute de la croissance qui a abouti à la stagnation de l’économie l’année suivante et à cette nouvelle dégradation de l’emploi ? Le gouvernement a voulu à la fois accélérer le processus de réduction des déficits publics et mettre en œuvre des mesures supposées améliorer la « compétitivité » des entreprises, à la suite du rapport Gallois. Ce sera le fameux Crédit d’Impôt-Compétitivité-Emploi, dont les effets attendus sur l’emploi devaient être rapides, alors que le coût, grâce à la technique retenue, ne devait s’imputer que sur les exercices suivants. Ce faisant, il choisissait, délibérément ou non, d’ignorer les derniers signaux que lui adressait la conjoncture. Le 14 août 2013, au beau milieu des vacances, l’INSEE publiait sa première estimation de la croissance au 2ème trimestre : +0,5%. Après six mois de baisse du PIB, c’était le rebond, provoqué par la consommation des ménages et la hausse du pouvoir d’achat. Les chiffres seront confirmés et affinés le 27 septembre. Le retour de la croissance se traduira, avec le décalage habituel, par une amélioration significative sur le marché du travail : la courbe du chômage ne s’inversera certes pas mais la progression s’arrêtera. Et pour la première fois depuis longtemps, l’économie aura créé des emplois pendant deux trimestres consécutifs : 27 000 emplois salariés au 2ème semestre 2013. 

Seulement, le gouvernement a fait le choix inverse. Au lieu d’encourager les tendances qui se dessinaient,  il bascule alors vers une « politique de l’offre » tout en confirmant son attachement au programme de réduction des déficits figurant dans les traités européens. Mais les avantages consentis aux entreprises coûtent cher. C’est la conjugaison de ces deux objectifs contradictoires qui  se révélera fatale. Les décisions arrêtées au mois de septembre 2013  cassent la reprise en cours. La liste est édifiante : hausse massive de l’impôt sur le revenu qui s’ajoute à la hausse de la TVA au 1er janvier, laquelle avait été décidée au mois de juillet 2012, augmentation des cotisations de retraite, gel du point d’indice des fonctionnaires et de l’indexation des retraites, hausse minimale du SMIC au 1er janvier et paiement échelonné sur trois mois des retraites complémentaires qui étaient jusque là versées au début de chaque trimestre. Quand on sait que les caisses disposent de réserves supérieures à 50 milliards d’euros, et que leur gestion n’est pas d’un professionalisme exemplaire, on se demande encore ce qui a pu être à l’origine d’une décision aussi absurde.

Ce plan de rigueur, qui ne dit pas son nom, aura un effet immédiat : son annonce et sa mise en oeuvre  modifient les comportements des ménages et cassent le fragile mouvement de reprise qui se dessinait. Et il sera complété, à la fin de l’année, par l’annonce du « pacte de responsabilité », qui va encore plus loin dans la modification du partage de la richesse nationale en faveur des entreprises. Seulement, aucun des objectifs annoncés ne sera atteint, bien au contraire.

Le budget pour 2014 prévoyait un déficit de 3,6% du PIB, après 4,1% en 2013. Le résultat sera tout autre. A la fin de l’année 2014, force a été de constater que la France n’avait pas tenu ses promesses et que le déficit se situera entre 4,3 et 4,4%. Non seulement, il n’a pas été réduit dans les proportions attendues, mais il s’est même accru par rapport à 2013. La raison est double. Le gouvernement, à l’été 2014, devant la dégradation de la situation économique, a dû faire marche arrière et est revenu sur les hausses massives de l’impôt sur le revenu, ce qui a fait déraper le déficit. Mais celui-ci s’est aussi envolé du fait du « multiplicateur inversé » : la baisse des dépenses publiques, autre composante des choix opérés l’année précédente, a généré une baisse supérieure des recettes. En cassant la croissance, on a accru le déficit. Quant aux effets attendus des réductions d’impôt sur les entreprises, ils ont été nuls puisque celles-ci, constatant l’arrêt de la reprise économique se sont bien gardé d’investir, ce qu'on ne peut leur reprocher, car pour investir, il faut avoir des clients à satisfaire. Et elles ont amélioré leur trésorerie, sans aucun effet sur l’emploi.

Un secteur illustre bien le « marasme français », la construction de logements. Les chiffres pour l’année 2014 sont tout aussi accablants que ceux relatifs à l’emploi. Mises en chantiers en 2014 : -10,3%. Autorisations : -12%. C’est ce dernier chiffre qui est le plus alarmant car il préfigure automatiquement une nouvelle chute de la construction en 2015. Par régions, les résultats sont révélateurs : les zones qui étaient, par le passé le moteur de l’économie française, le Sud-Est (-12%), Rhône Alpes (-14,6%) ou l’Aquitaine (--13,9%) s’enfoncent dans la crise, et l’Ile-de-France, où les besoins sont les plus criants, stagne (-2,3% pour les mises en chantiers et +1,2% pour les autorisations). Seule l’Alsace connait une embellie : +16%. Les causes sont multiples et se conjuguent. L’instabilité fiscale et réglementaire dissuade les investisseurs. Les banques, du fait des dispositions prudentielles (Bâle III) sont réticentes pour prêter, alors que les taux d’intérêt sont au plus bas. Les crédits immobiliers ont lourdement chuté en 2014 : -7,8%. Pour la construction neuve, la baisse est de 5% avec 26 milliards d’euros. Les ménages ont accru leur épargne par précaution durant l’année, face à la dégradation de la situation économique, mais ils l’ont affecté en priorité aux placements financiers (comptes sur livret et assurance-vie).

Il faut aussi ajouter le comportement nouveau des maires qui répugnent de plus en plus à délivrer des permis de construire, ou qui le font avec des délais de plus en plus longs, soucieux de préserver leur base politique. L’optimum électoral s’éloigne de l’optimum économique. C’est toute une réflexion sur la décentralisation et ses effets pervers sur l’investissement et la conduite des projets d’aménagements, qu’il serait utile de conduire. Enfin la multiplication des normes et le foisonnement des textes législatifs, lesquels ne s’appliquent pas qu’à la construction, comme en témoignent les dizaines de pages des projets de lois sur la transition énergétique ou la libération de la croissance, qui surviennent après la loi « ALUR », ne contribuent pas à rétablir la confiance et à stimuler les prises de décision. Le mieux est souvent l’ennemi du bien.

La hausse du chômage en 2014 et sa poursuite, inexorable, en 2015, ne sont donc ni le fruit du hasard, ni la conséquence de phénomènes extérieurs. Bien au contraire. La baisse des taux d’intérêt, qui va perdurer à la suite des décisions de la BCE, et des cours du pétrole et du gaz, qui semble tout aussi durable, devrait venir en soutien de l’économie française. Cette montée du chômage, qui a déjà eu et qui aura encore des conséquences politiques majeures, ne s’interrompra que si la lucidité l’emporte et si une inflexion significative de la politique économique est engagée en faveur du pouvoir d’achat. Cela suppose que ceux qui sont à l’origine du tournant économique de l’été 2013 reconnaissent qu’ils se sont trompés. Il n’est pas trop tard mais le temps presse.

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